Category Archives: Billets d’Agathe

Opera au Cinema eden samedi 9 octobre

Modeste Moussorgski (1839-1881)

Boris Godounov

Moussorgski, autodidacte de génie et auteur de drames musicaux réalistes, passe pour l’enfant terrible de la musique russe du XIXème siècle. Son œuvre fragmentaire a beaucoup inspiré ses successeurs notamment les représentants de la musique française comme Ravel et Debussy.

Né dans une famille de la vieille noblesse russe, à partir de 1863, après l’abolition du servage qui ruine sa famille, Moussorgski doit travailler en tant qu’employé administratif pour subvenir à ses besoins. Il a alors trente ans et rejoint le « Groupe des Cinq » dont les créations musicales s’appuient sur le folklore russe, les chants populaires et les chants religieux de l’Église orthodoxe.

Avec la création de Boris Godounov, Moussorgski remporte le plus grand succès de sa carrière mais dans l’ensemble, ses contemporains accueillent avec scepticisme les audaces stylistiques de sa musique trop éloignée des canons académiques de l’époque. Devant le désintérêt du public, il se réfugie dans l’alcool et meurt à 42 ans.

Dans l’œuvre, le texte s’inspire de  l’Histoire de l’État russe de Karamzine mais aussi du drame  d’Alexandre Pouchkine qui s’est lui-même inspiré du Macbeth de Shakespeare. Quant à la musique de Boris Godounov, elle est écrite dans un style russe alors que volontairement, il rejetait l’influence de l’opéra allemand et italien.

Présenté avec succès en 1874 au théâtre Marie, Boris Godounov existe dans deux versions authentiques. En 1896, Rimski-Korsakov remaniera l’ouvrage avec une nouvelle orchestration, plus tard Chostakovitch fera de même et Chaliapine qui tiendra le rôle de Boris fera de l’œuvre un succès mondial. Mais aujourd’hui, c’est généralement la seconde version de Moussorgski qui prévaut.

L’action se déroule en quatre actes entre 1598 et 1605 et l’argument est le suivant : Dans une Russie frappée par la peste, la famine et les crises politiques, le peuple se résout à acclamer son nouveau Tsar, Boris Godounov. Troublé, il est assailli de doutes et de pressentiments – chacun ignorant alors que pour accéder au trône, il a fait éliminer l’un des fils d’Ivan le Terrible, Dimitri, l’héritier légitime de la couronne. Eclairé par le moine Pimène sur cette situation incriminante, le novice Grigori entreprend alors de se faire passer pour le véritable héritier qui aurait aujourd’hui le même âge que lui. Après cinq ans de règne, la solitude du pouvoir ayant aggravé les tourments du Tsar et le peuple crevant de faim, Boris Godounov apprend qu’un usurpateur se fait passer pour Dimitri, le prétendant légal du trône et fomente une révolte. En effet, en Pologne, le faux Dimitri est amoureux de la belle princesse Marina Mnichek qui, dévorée d’ambition, ne rêve que de la prise de Moscou et de devenir Tsarine : Que Grigori y parvienne, et elle lui accordera sa main ! Les souffrances de son peuple, la crainte d’être renversé, de même que les remords de ses crimes font peu à peu sombrer Boris Godounov, Tsar incertain, dans la solitude et la paranoïa. Lorsque Grigori, encouragé par la princesse polonaise Marina, marche sur Moscou à la tête d’une armée pour le renverser, Boris n’a pas même le temps de se battre et de s’y opposer. Sa fin est imminente : le peuple devine ses crimes et un pauvre Innocent le compare publiquement à Hérode. Rattrapé par ses forfaits, en pleine crise de délire, il évoque le petit Tsar assassiné, demande pardon à Dieu, et meurt terrassé par la folie. Le faux Dimitri sera sacré nouveau Tsar de Russie.

Avec cette dernière scène qui est l’une des plus extraordinaires du répertoire lyrique, l’opéra de Moussorgski campe des personnages profondément humains qui par là même deviennent symboliques, une caractéristique que l’on retrouve dans certaines œuvres de Stravinski. Mais dans Boris Godounov, Moussorgski ne s’est pas contenté de mettre seulement en musique le texte de Pouchkine, Il prévoit un nouveau type de mélodie qui sera celui de la vie car ainsi qu’il le dira :  Un jour, le chant ineffable s’élèvera, intelligible pour tous et si je réussis je serai un conquérant en art… 

C AGATHE AMZALLAG – MUSICOLOGUE

Porgy and Bess GERSHWIN (1898-1937)

En Amérique, au début du XXème siècle, de nombreux compositeurs américains cherchent à se libérer de l’hégémonie européenne et à créer leur propre langage. Pour ce faire, ils s’inspirent des musiques en pratique dans leur pays à savoir les chants traditionnels indiens, les Spirituals, le Blues,  le Jazz …etc. C’est donc dans ce contexte que G. Gershwin, pianiste virtuose, auteur de chansons à succès et de nombreuses comédies musicales tente de concilier jazz et musique symphonique. Conscient de son importance, il dira d’ailleurs: « Je suis le Schubert américain ! » et d’ajouter : « J’ai la modeste prétention de contribuer à l’élaboration du grand roman musical américain ». Un fait reconnu car après la Rhapsodie in Blue, Un américain à Paris et son Concerto pour piano, il composera peu avant sa mort, Porgy and Bess, un opéra Inspiré par le roman et la comédie des deux Heyward avec pour thème principal le drame des minorités raciales face aux problèmes sociaux.

Et pour réaliser cet opéra populaire typiquement américain, Gershwin fera feu de tous bois : il ira dans les Etats du Sud pour mener des études musicales et ethnologiques, il recherchera de nouveaux sons, confiera à son frère, Ira, l’écriture du livret et les paroles des chansons  et une fois l’œuvre achevée, il conclura : « Je trouve cette musique tellement admirable que je ne parviens pas à croire que je l’ai écrite… »

 Pourtant le succès sera limité. La critique regrettera la proximité de l’opéra avec la comédie musicale et en dépit de certains airs devenus à la mode, l’œuvre sera rapidement retirée de l’affiche. On sait néanmoins que reconnue à sa juste valeur après la mort de son auteur, elle sera consacrée avec l’adaptation cinématographique d’Otto Preminger en 1959.

Quant à l’histoire, empreinte de tragique, elle se situe dans les années 1930 en Caroline du Sud dans une Amérique en pleine dépression, alors que la  population noire est en proie à une misère criante. Mais dans le quartier fictif de « Catfish Row », près du vieux port de Charleston, le petit monde de la rue boit, danse, joue aux dés, une femme chante une berceuse à son enfant… Soudain, coup de tonnerre ! Le voyou Crown perd au jeu, assassine son adversaire et fuit la ville en laissant sa femme, Bess, livrée à elle même. Seul Porgy, un mendiant noir estropié qui vit dans un taudis du quartier, lui porte secours et tente de la sauver des griffes de Crown, son concubin, comme de celles de Sportin’Life, un dealer qui veut la prostituer.

Classique de la culture américaine enracinée dans le folklore, Porgy and Bess est une œuvre d’une originalité captivante ! Alors que le jazz se mêle à la musique symphonique traditionnelle, la communauté noire  face à sa rude existence respire d’un même souffle et exprime ses passions par le chant avec des sentiments éruptifs, des confrontations violentes voire même sanglantes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Porgy and Bess émeut aussi directement les auditeurs. Qui ne se souvient de l’air immortel de « Summertime » ! Nul doute qu’avec cette œuvre audacieuse, synthèse innovante de courants musicaux contraires, Gershwin, très au fait des techniques avant-gardistes -il connaissait personnellement Schönberg- aura fortement contribué à l’expression musicale de « l’American way of life ».
A 38 ans, à l’apogée de sa gloire, il mourra d’une tumeur au cerveau.

C AGATHE AMZALLAG – MUSICOLOGUE

WOZZECK, Alban Berg

Né à Vienne  dans une famille de la haute bourgeoisie catholique, Alban Berg dès son plus jeune âge partage son temps entre musique et poésie. Il crée ses premières œuvres à 15 ans et en 1904, tout en étudiant avec Arnold Schönberg qui deviendra son ami pour la vie, il aborde toutes les disciplines musicales. Avant-gardiste doué d’une nature romantique, Alban Berg compose des œuvres pour orchestre, de la musique de chambre et des œuvres pour piano tout en s’imposant très tôt comme le plus talentueux des musiciens lyriques de son temps. En 1922, il compose Wozzeck puis dix ans plus tard Lulu mais emporté un soir de Noël par une septicémie, il ne pourra achever l’orchestration du troisième acte.

L’histoire de  Wozzeck inspirée d’une pièce écrite au début du 19ème siècle par Büchner se situe – drame et opéra compris- en temps de crise. En effet, après les guerres napoléoniennes comme après la première guerre mondiale, des milliers de soldats souffraient de la  faim et la misère du prolétariat était considérable. L’Allemagne avait subi une terrible défaite, la monarchie austro-hongroise s’effondrait, toute l’organisation du monde et de ses valeurs était désormais bancale, déformée, contradictoire.

Opéra en trois actes, Wozzeck est présenté à l’Opéra de Berlin en 1925. L’histoire se situe vers 1820 dans une petite ville allemande où le pauvre soldat Wozzeck bafoué par sa maîtresse, Marie, est poussé au désespoir. Tous les personnages– le docteur, le capitaine, le tambour-major dont Marie tombe amoureuse- se présentent sous forme de caricatures monstrueuses alors que Wozzeck, lui, porte sur ses épaules le poids de la misère terrestre. Tragédie de la solitude et de l’incommunicabilité, conjonction du malheur individuel et du malheur social, Wozzeck bascule dans le crime et l’anéantissement de lui-même. 

Divisée en trois actes : Exposition, Péripétie et Catastrophe, la grande innovation de Berg dans cet opéra est d’avoir attribué à chaque scène une forme musicale particulière : Suite, rhapsodie, marche militaire, berceuse, fantaisie et fugue, scherzo, variations… Au niveau de la voix, il utilise tous les intermédiaires entre le parler pur et le bel canto passant par la déclamation rythmique déjà utilisée par Schönberg dans son Pierrot Lunaire. Quant à l’orchestration, véritable ouvrage d’orfèvre, Berg réussit là une synthèse de deux esthétiques radicalement opposées : le passé et le futur de la musique. Salué comme révolutionnaire, il met en effet à profit les enseignements anciens tout en imposant son savoir faire en matière de formes, d’articulation et d’invention de sonorités, celles-ci intégrant le texte à la musique.
Nul doute qu’avec Wozzeck considéré depuis longtemps comme l’œuvre la plus représentative du théâtre lyrique contemporain, Alban Berg a exercé une influence marquante sur certains de ses disciples mais –fait surprenant- dans le domaine difficile de l’Opéra, on ne le crédite d’aucune descendance spirituelle.

C AGATHE AMZALLAG – MUSICOLOGUE

Turandot

PUCCINI (1858 – 1924 )

TURANDOT

Jeudi 12 décembre 2019 à 19h00

Légende terrifiante, captivante d’une princesse aussi belle que cruelle, Turandot est avec Aïda l’une des œuvres les plus spectaculaires de l’histoire de l’Opéra ! Trouvez quelque chose qui fasse pleurer le monde… demande Puccini à ses librettistes,

G. Adami et R. Simoni, en 1920. Il faut dire que fasciné par le romantisme barbare de cette fable chinoise vouée aux mystères de l’amour et de la mort, il rêvait  de la transposer en musique !  Ainsi nait Turandot, un opéra aux  sonorités uniques dans l’œuvre du compositeur avec des gongs chinois, des tams-tams, des xylophones, des glockenspiels mis au service de mélodies typiquement orientales.

En trois actes et cinq tableaux, l’histoire est la suivante :

À Pékin, en des temps mythiques, l’empereur Altoun Khan règne sur la Chine avec sa fille, la princesse Turandot. Dotée d’une beauté exceptionnelle, pour obtenir sa main un prétendant doit résoudre trois énigmes et en cas d’échec sa tête sera tranchée. Arrivent alors, cachés et en exil,  le prince Calaf accompagné de son père, Timur, roi déchu de Tartarie. Aveugle, il est guidé par une jeune esclave, Liù, dont Calaf est le grand amour. Ébloui par la beauté de Turandot, Calaf en tombe aussitôt amoureux et se soumet à l’épreuve des trois énigmes. Il en sort victorieux mais Turandot, qui ne veut pas d’un mariage avec un étranger, supplie son père de la délivrer de son engagement. C’est alors que Calaf lui fait une proposition : pour elle, il acceptera de mourir si elle trouve son nom avant l’aube. Cherchant à le découvrir, Turandot, cruelle et implacable, fait torturer Liù, la petite esclave, qui se donne la mort pour protéger celui qu’elle aime. Mais face à la terrible princesse, Calaf lui révèle lui-même son nom et c’est ainsi que devant son peuple rassemblé, Turandot proclame : Son nom est Amour !  Au fil de son travail, souvent en proie à d’épuisantes périodes de doute avec  le pressentiment que peut-être il ne verrait pas  la présentation de son œuvre, Puccini se demandait : Qui chantera mon opéra ?  En effet, pour Turandot, rôle-titre, seules les sopranos dramatiques les plus expérimentées peuvent assumer  les nombreux changements de registre et la nécessité de chanter

Programme complet des MET opéra