WOZZECK, Alban Berg

Né à Vienne  dans une famille de la haute bourgeoisie catholique, Alban Berg dès son plus jeune âge partage son temps entre musique et poésie. Il crée ses premières œuvres à 15 ans et en 1904, tout en étudiant avec Arnold Schönberg qui deviendra son ami pour la vie, il aborde toutes les disciplines musicales. Avant-gardiste doué d’une nature romantique, Alban Berg compose des œuvres pour orchestre, de la musique de chambre et des œuvres pour piano tout en s’imposant très tôt comme le plus talentueux des musiciens lyriques de son temps. En 1922, il compose Wozzeck puis dix ans plus tard Lulu mais emporté un soir de Noël par une septicémie, il ne pourra achever l’orchestration du troisième acte.

L’histoire de  Wozzeck inspirée d’une pièce écrite au début du 19ème siècle par Büchner se situe – drame et opéra compris- en temps de crise. En effet, après les guerres napoléoniennes comme après la première guerre mondiale, des milliers de soldats souffraient de la  faim et la misère du prolétariat était considérable. L’Allemagne avait subi une terrible défaite, la monarchie austro-hongroise s’effondrait, toute l’organisation du monde et de ses valeurs était désormais bancale, déformée, contradictoire.

Opéra en trois actes, Wozzeck est présenté à l’Opéra de Berlin en 1925. L’histoire se situe vers 1820 dans une petite ville allemande où le pauvre soldat Wozzeck bafoué par sa maîtresse, Marie, est poussé au désespoir. Tous les personnages– le docteur, le capitaine, le tambour-major dont Marie tombe amoureuse- se présentent sous forme de caricatures monstrueuses alors que Wozzeck, lui, porte sur ses épaules le poids de la misère terrestre. Tragédie de la solitude et de l’incommunicabilité, conjonction du malheur individuel et du malheur social, Wozzeck bascule dans le crime et l’anéantissement de lui-même. 

Divisée en trois actes : Exposition, Péripétie et Catastrophe, la grande innovation de Berg dans cet opéra est d’avoir attribué à chaque scène une forme musicale particulière : Suite, rhapsodie, marche militaire, berceuse, fantaisie et fugue, scherzo, variations… Au niveau de la voix, il utilise tous les intermédiaires entre le parler pur et le bel canto passant par la déclamation rythmique déjà utilisée par Schönberg dans son Pierrot Lunaire. Quant à l’orchestration, véritable ouvrage d’orfèvre, Berg réussit là une synthèse de deux esthétiques radicalement opposées : le passé et le futur de la musique. Salué comme révolutionnaire, il met en effet à profit les enseignements anciens tout en imposant son savoir faire en matière de formes, d’articulation et d’invention de sonorités, celles-ci intégrant le texte à la musique.
Nul doute qu’avec Wozzeck considéré depuis longtemps comme l’œuvre la plus représentative du théâtre lyrique contemporain, Alban Berg a exercé une influence marquante sur certains de ses disciples mais –fait surprenant- dans le domaine difficile de l’Opéra, on ne le crédite d’aucune descendance spirituelle.

C AGATHE AMZALLAG – MUSICOLOGUE

Turandot

PUCCINI (1858 – 1924 )

TURANDOT

Jeudi 12 décembre 2019 à 19h00

Légende terrifiante, captivante d’une princesse aussi belle que cruelle, Turandot est avec Aïda l’une des œuvres les plus spectaculaires de l’histoire de l’Opéra ! Trouvez quelque chose qui fasse pleurer le monde… demande Puccini à ses librettistes,

G. Adami et R. Simoni, en 1920. Il faut dire que fasciné par le romantisme barbare de cette fable chinoise vouée aux mystères de l’amour et de la mort, il rêvait  de la transposer en musique !  Ainsi nait Turandot, un opéra aux  sonorités uniques dans l’œuvre du compositeur avec des gongs chinois, des tams-tams, des xylophones, des glockenspiels mis au service de mélodies typiquement orientales.

En trois actes et cinq tableaux, l’histoire est la suivante :

À Pékin, en des temps mythiques, l’empereur Altoun Khan règne sur la Chine avec sa fille, la princesse Turandot. Dotée d’une beauté exceptionnelle, pour obtenir sa main un prétendant doit résoudre trois énigmes et en cas d’échec sa tête sera tranchée. Arrivent alors, cachés et en exil,  le prince Calaf accompagné de son père, Timur, roi déchu de Tartarie. Aveugle, il est guidé par une jeune esclave, Liù, dont Calaf est le grand amour. Ébloui par la beauté de Turandot, Calaf en tombe aussitôt amoureux et se soumet à l’épreuve des trois énigmes. Il en sort victorieux mais Turandot, qui ne veut pas d’un mariage avec un étranger, supplie son père de la délivrer de son engagement. C’est alors que Calaf lui fait une proposition : pour elle, il acceptera de mourir si elle trouve son nom avant l’aube. Cherchant à le découvrir, Turandot, cruelle et implacable, fait torturer Liù, la petite esclave, qui se donne la mort pour protéger celui qu’elle aime. Mais face à la terrible princesse, Calaf lui révèle lui-même son nom et c’est ainsi que devant son peuple rassemblé, Turandot proclame : Son nom est Amour !  Au fil de son travail, souvent en proie à d’épuisantes périodes de doute avec  le pressentiment que peut-être il ne verrait pas  la présentation de son œuvre, Puccini se demandait : Qui chantera mon opéra ?  En effet, pour Turandot, rôle-titre, seules les sopranos dramatiques les plus expérimentées peuvent assumer  les nombreux changements de registre et la nécessité de chanter

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